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LA VIEILLE TAUPE

Organe de critique et d'orientation postmessianique

Bulletin confidentiel réservé aux Amis de la Vieille Taupe.

Directeur de publication: Pierre Guillaume.

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Bilan… (suite)

 

Je me suis attaché, dans la première partie de ce Bilan sans grandes perspectives, à essayer de comprendre, en me concentrant sur l’essentiel, la genèse d’une situation qui m’avait amené à « délirer ». J’ai éliminé de cet exposé certains éléments du contexte qui auraient exagérément compliqué l’exposé et obscurci l’essentiel. Mais ces éléments contextuels sont indispensables pour comprendre certaines des manifestations de ce délire « délirant », qui ont pu inquiéter des « amis de la Vieille Taupe », et réjouir certains de ses ennemis.

Pour aborder cette partie il est bon d’avoir à l’esprit quelques idées simples.

Lénine et le « léninisme » sont de nos jours universellement considérés, aussi bien par ceux qui se croient révolutionnaires, que par ceux qui se croient contre-révolutionnaires, comme le paradigme de la « Révolution », et le parti bolchevik comme le paradigme de l’organisation révolutionnaire. Hélas ! Nous verrons pourquoi cet « hélas ! », plus tard.

Le parti bolchevik prenait des mesures draconiennes pour lutter contre la « répression policière » et donc la surveillance, et l’infiltration par la police d’espions dans le parti. Parmi ces mesures, les cellules cloisonnées, l’usage de pseudonymes, et quelques autres mesures encore… Les partis trotskistes continuent à utiliser religieusement ces méthodes… qui ne servent rigoureusement à rien, ou plutôt qui servent à tout autre chose que ce à quoi elles prétendent servir. Nous y reviendrons. Mais elles ne servent à rien sur le plan où elles prétendent servir, de la sécurité et de la lutte contre la pénétration d’espions, d’agents doubles, de provocateurs. Tout au contraire, ce sont les précautions particulières qui servent à désigner à la curiosité mal intentionnée les lieux et les personnes détentrices de pouvoirs et d’éventuels secrets importants. Ensuite, les moyens de contourner ou de franchir les obstacles « sécuritaires » ne manquent pas.

Une preuve de ce que j’avance ? Outre ses activités idéologiques et politiques, le parti bolchevik avait des activités moins avouables, illégales et « secrètes ». Pour traiter de ces questions, Lénine faisait sortir tout le Comité central. Mais, à la fois pour assurer une continuité de certains liens en cas de disparition accidentelle ou d’arrestation, et pour maintenir le principe d’une « collégialité » des décisions en ces affaires « spéciales », Lénine en discutait en comité restreint de seulement trois membres, parmi lesquels figurait… l’infiltré de l’Okhrana ! (Voir annexe)[1].

Mais si je connaissais depuis longtemps cet exemple historique célèbre[2], j’avais aussi assisté, désolé et impuissant, à la dérive « terroriste » de camarades, dans Action Directe, qui ne semblaient pas s’être aperçus que d’habiles manipulateurs leur désignaient des cibles, pour des motifs autres que ceux qu’ils croyaient. Ils jouaient ainsi leur rôle dans la société du spectacle, selon un scénario qui les dépassait. J’ai aussi fini par comprendre, en rencontrant dans les années 80, dans des réunions de milieux d’extrême droite, que je découvrais, des militants que j’avais connus 20 ans plus tôt, anarchistes, gauchistes et « autonomes » particulièrement excités, qu’ils étaient pour la plupart des policiers que la conjoncture politique avait conduits à changer de secteur d’activité. Apparemment personne n’avait décelé leur véritable nature de policiers, ni à gauche, ni à droite.

Une expérience personnelle, plus que toute autre avait contribué à m’ouvrir les yeux.

Ou, plus exactement, puisque mes yeux étaient depuis longtemps ouverts, avait contribué à me faire comprendre que cette « conscience abstraite » ne suffisait pas, et qu’il fallait en tirer des conséquences pratiques. À commencer par ne pas entretenir d’illusions, et bazarder tout le fatras prétendument sécuritaire et le moralisme construit autour. Il fait perdre beaucoup d’énergie pour… rien, quand il ne sert pas à entretenir la méfiance de tous contre tous, et aux habiles à organiser la zizanie permanente.

C’était pendant l’agitation étudiante et lycéenne contre la loi Devaquet. Une grande manif était en gestation au Quartier Latin. Je tombe par hasard, au café « Le Nicot Latin », rue St Jacques, pour être précis, sur une femme que j’avais eu la surprise de revoir, dans des circonstances qui ne nous avaient pas permis de nous parler, à une quelconque réunion gauchiste, à l’AGÉCA,  à laquelle je m’étais rendu, peu de temps auparavant. J’avais donc eu la surprise de voir qu’elle n’avait pas dételé ! Je l’avais connue vingt ans plus tôt, à Socialisme ou Barbarie, puis à Pouvoir Ouvrier ! et je l’avais ensuite perdue de vue, quand le groupe Pouvoir Ouvrier avait explosé en vol (1967) à la suite d’une provocation dont je ne prétends pas avoir démêlé tous les tenants et les aboutissants, mais à laquelle elle n’avait absolument pas participé. C’était une militante discrète et j’avais, tout le monde avait, une confiance totale en elle.

Pour préciser les choses, le groupe devait comporter une trentaine de personnes, à tout casser, sur la région parisienne, et une dizaine en province. Surprise de se rencontrer ! Nostalgie ! Elle avait « bien vieilli » ! Je veux dire qu’avec, comme moi, vingt années de plus, elle avait très bonne mine. Nous échangeons quelques mots où je manifeste mon désir de parler[3]…, mais elle était pressée ! Elle avait, dans les minutes qui suivaient, un rendez-vous avec Isabelle Thomas, la nouvelle égérie du mouvement étudiant en cours. Je m’enquérais immédiatement des motifs de ce rendez-vous insolite avec une personnalité médiatique du moment.

— « Comment ! T’as pas encore compris ? »

Elle était policier ! Et elle l’était déjà lorsqu’elle militait, vingt ans plus tôt !

Que faut-il en penser ? Que la police surveille et fait son travail. Et que ça vaut peut-être mieux quand on voit et que l’on connaît un peu tous les connards qui prétendent diriger le Prolétariat et prendre le Pouvoir !

Et qu’est-ce que ça change sur le processus social d’élaboration et de circulation des idées ?

— Rien !

Et qu’est-ce que ça change sur le processus de matérialisation des idées, quand la réalité tend vers la pensée et que la pensée tend vers la réalité ?  Rien !

Et qu’est-ce que ça change quand la réalité ne tend pas vers la pensée ! et que l’arrêt-de-la-pensée, selon la formule d’Orwell, submerge toute la société ? Encore moins que rien !

En quoi la surveillance policière a-t-elle jamais empêché d’advenir ce qui devait advenir ?

En quoi la lucidité pure, la lucidité abstraite, a-t-elle jamais… ?

Si cette question vous trouble, réfléchissez à ce qu’il est advenu de la Russie dite soviétique, et de l’Allemagne de l’Est, en dépit d’une surveillance policière infiniment plus développée encore, et une répression bien plus sauvage et vicieuse.

 Je ne prétends pas être beaucoup plus malin que Lénine. Je ne dispose pas des appuis dont il a pu disposer, ni des moyens. Dans les années précédant la Révolution russe, tout ce qui était anti-tsariste bénéficiait d’un préjugé favorable dans « l’opinion internationale » de l’époque et d’appuis divers du lobby qui n’existe pas, déjà. Ce qui n’est pas précisément le cas de la Vieille Taupe, qui ne peut s’appuyer que sur la haine universelle dont elle est l’objet ! Elle ne dispose d’aucun appui, pas même de celui de « l’entourage » sur lequel elle comptait absolument, comme nous l’avons vu, ni même de l’appui de tous ses Sonderkommando, comme nous allons le voir.

Dans ces conditions il fallait dès le début faire l’hypothèse que la Vieille Taupe soit déjà, ou soit susceptible de devenir très rapidement, totalement transparente pour ses ennemis. Les moyens d’espionnage et de contrôle social, décuplés par l’usage du téléphone, du téléphone portable, des ordinateurs connectés à Internet notamment, sont tels qu’il est parfaitement vain de prétendre faire mieux que Lénine en matière de clandestinité[4].

Dès lors que toutes les précautions seraient à l’évidence illusoires, la seule contre-mesure réellement adaptée à la situation consistait à ne prendre aucune précaution[5]. D’autant plus que dans l’état de dénuement et de tension où nous étions, le respect du minimum pour être efficace des règles (que je connaissais) de la clandestinité n’aurait jamais permis d’abattre le travail improbable qui fut néanmoins effectué.

Réflexion faite, ce comportement venait de loin. Puisque je m’étais toujours refusé à utiliser le moindre pseudonyme[6], comme il était encore d’usage de le faire à Socialisme ou Barbarie, où cela me fut proposé, surtout en tant qu’étudiant à Sciences-Po, et boursier en préparation de l’ENA. Il était évident que faire le choix de ne pas être clandestin équivalait à mettre fin à ma carrière avant qu’elle n’ait débuté[7].

L’adaptation à cette situation difficile doit être pratique, politique et théorique. C’est ce à quoi s’est attachée la Vieille Taupe, en particulier depuis le n°18 de son bulletin confidentiel, en utilisant toute les ressources de son expérience accumulée. Mais la constatation générale qu’il ne faut entretenir aucune illusion quant à la possibilité durable de cacher quoique ce soit de nos activités à nos ennemis, et aux divers organes du contrôle social, ne doit pas masquer le fait que les ennemis de la liberté d’expression sont multiples, divisés, contradictoires[8], et qu’ils se cachent, dans leur lutte pour le Pouvoir, les uns aux autres, ce qu’ils savent, ou croient savoir de la Vieille Taupe et de ses projets. Et par-dessus tout ils ne contrôlent pas plus que nous les interventions intempestives du Prolétariat[9].

Retour en arrière. Au début de l’affaire Faurisson, après la publication du Mémoire en défense et peut-être de Réponse à P. V-N, je reçois une lettre très intéressante de quelqu’un qui souhaite me rencontrer. Il a été lui-même en butte aux entreprises « des Juifs », il en fournit quelques exemples saisissants et très vraisemblables. Je lui réponds donc en lui demandant de me téléphoner. Rendez-vous est pris dans un café du quartier, qui n’existe plus aujourd’hui, à l’angle de la place du Panthéon et de la rue Clotaire[10]. Il veut me mettre en garde. — « Il les connaît ».

Il me décrit avec beaucoup de réalisme aussi bien ce que les révisionnistes ont commencé à subir que ce qu’ils vont subir, sur le plan judiciaire et autre. — « Ils ne lâchent jamais !». En résumé : ils sont partout et ils contrôlent tout. Mais il ne m’a rien dit qui soit complètement absurde. Lui-même avait été en conflit homérique avec « eux » et « ils » avaient bien failli le faire passer pour fou, puis le rendre effectivement fou !

Et il m’a raconté en détail tout ce qu’il avait subi, de la part du Mossad, ou de quelque autre service, pour le déstabiliser psychologiquement. « Il faut se méfier de tout. Les procédés d’écoute modernes permettent tout. Notre conversation actuelle peut-être enregistrée. Tout ce que je dis dans mon appartement peut parfaitement être enregistré, fenêtres fermées, depuis une centaine de mètres, par la vibration des vitres, ou au travers des murs, de chez un voisin. Et certaines ondes électromagnétiques, à une certaine longueur d’onde, peuvent avoir des effets sur le cerveau… Et par-dessus tout, attention aux psychiatres. C’est leur fief ! Et les médicaments…

Tout ça était passionnant. Si bien que la conversation se poursuivit longtemps, et que nous nous revîmes une deuxième fois. Les procédés de déstabilisation psychologique qu’il avait subis étaient particulièrement intéressants. Pendant qu’il était déjà « sous tension » du fait de l’entourloupe professionnelle dont il était victime, il croisait soudain dans la rue une série de passants qui lui faisaient des grimaces ricanantes sans la moindre raison apparente. Ou bien vous êtes suivi par des personnes à la fois excessivement discrètes, qui font cependant le nécessaire pour être remarquées ! Et ça, vous ne pouvez le raconter à personne, sinon c’est vous qui passerez pour un agité du bocal.

Tout cela était d’autant plus intéressant que, quelques années plus tôt, à la VT, rue des Fossés-Jacques, plusieurs militants de Lutte Ouvrière m’avaient décrit, ou plutôt manifesté les mêmes symptômes. Ils se sentaient suivis, victimes de tout un système d’influence, et l’un en particulier croisait des groupes de personnes ricanantes ! J’avais remarqué que cela se produisait généralement quand ces militants commençaient, sans encore se l’avouer, à avoir des doutes sur la vie de moines soldats à laquelle les préparait le sévère conditionnement que leur imposait Lutte Ouvrière (à l’époque Voix Ouvrière[11]). Il ne m’était jamais venu à l’idée que ces braves militants « de la classe ouvrière », d’origine petite-bourgeoise, aient jamais pu être l’objet d’entreprises tordues du Mossad ou d’une entreprise analogue de qui que ce soit. J’en avais déduit que c’était là des symptômes pré-psychiatriques de tensions internes non maîtrisées qui ne trouvaient pas de sortie adéquate.

Autre truc que mon interlocuteur avait évoqué, le déplacement, la disparition et la réapparition intempestives d’objets familiers, par lesquels se manifeste l’omniprésence inquiétante…

Il est bien évident que si vous allez raconter des histoires comme ça à un psychiatre[12] dont vous sollicitez l’aide et la compréhension, l’interprétation qu’il va en faire, pour commencer, n’est pas difficile à imaginer, et il aura raison. Si au surplus vous rajoutez que ces visages grimaçants, ces objets ubiquistes[13] résultent d’une mise en scène ou d’une intervention du Mossad, cela ne peut qu’aggraver le diagnostic. À juste raison. En général.

Mais il n’était pas possible d’éliminer non plus d’un revers de main la thèse de mon interlocuteur selon laquelle le MOSSAD, « Les Juifs » (nom générique sous lequel nous regroupons l’ensemble des organes du lobby qui n’existe pas, dont nous contestons justement qu’il représente valablement l’ensemble de ceux qui seraient ou se croient Juifs) se livreraient dans certains cas à des opérations subtiles utilisant ces mécanismes psychologiques. D’autant plus que mon interlocuteur était cultivé, qu’il connaissait bien le judaïsme (mieux que moi, surtout à l’époque), n’aimait pas spécialement les Arabes, et faisait preuve d’un « antisémitisme[14] » incandescent et déterminé. Mais le « révisionnisme » ne l’intéressait pas outre mesure !

Tel que je le voyais au terme de notre seconde rencontre, je ne parvenais pas à déterminer si c’était du lard ou du cochon. Tout ce qu’il disait était raisonnable, sans les indices corporels de nervosité qui m’avaient conduit à penser, des années plus tôt, que les militants de VO étaient légèrement délirants, et qui sont les mêmes que ceux qui avaient conduit mon entourage à penser la même chose, à juste titre, à mon égard trente ans plus tard.

Il pouvait tout aussi bien me dire la vérité vraie, qu’être lui-même un « délirant » délirant ayant bien rationalisé son délire. Il souhaitait certes m’aider dans ma lutte contre « les Juifs ». Mais ni le pourquoi ni le comment n’étaient bien clairs puisqu’il ne s’intéressait pas particulièrement au révisionnisme historique ! Il savait, lui, combien les Juifs étaient menteurs congénitaux[15] capables de tout[16]. Il n’avait pas eu besoin du révisionnisme pour le découvrir. Il souhaitait surtout me mettre en garde contre « leurs » procédés car « ils » l’avaient ruiné[17] et failli le détruire complètement. Et si je ne faisais pas très attention, la même chose pourrait bien m’arriver[18].

Cet interlocuteur m’a, à la fois appris bien des choses que j’ai pu vérifier par la suite, mais d’une certaine manière, il ne m’apprenait rien que je ne sache ou subodore déjà. En particulier que le seul moyen vraiment sûr d’éviter les ennuis, c’était de ne rien faire et de suivre le troupeau. Ce qui paraît raisonnable…

Mais ne l’est pas en ce qui me concerne ! Si je ne fais rien, je tombe malade ! Je n’ai donc pas le choix, contrairement à ceux qui ont le loisir d’adopter l’une ou l’autre solution…

Il y avait quand même un truc qui ne collait pas tout à fait dans son histoire.

Il était donc un ennemi juré et déterminé des Juifs, et « les Juifs » avaient utilisé à son encontre des procédés particulièrement tordus. Soit ! Les Juifs l’avaient donc identifié comme un ennemi déterminé et suffisamment menaçant pour qu’il soit nécessaire de déployer contre lui des procédés hors du commun. Mais les organes du lobby ne se sont jamais inquiétés de l’existence de quelques antisémites rabiques, au contraire[19]. Par contre ils se sont inquiétés, et ne cessent de l’être, de l’existence du révisionnisme historique et de ses progrès !

Comment était-il possible que les multiples antennes des services de renseignement de la Vieille Taupe aient pu rester dans l’ignorance de l’activité « antisémite » déterminée de mon interlocuteur, si elle avait été suffisante, et suffisamment pertinente et effective, au point d’inquiéter le MOSSAD ?

En voilà une question qu’elle est bonne !

Il y avait donc trois hypothèses également vraisemblables. Mon interlocuteur était un antisémite déterminé, identifié comme tel, et victime d’un traitement spécial (Sonderbehandlung). Mon interlocuteur était un antisémite délirant manifestant les symptômes classiques d’un délire de persécution et victime de rien du tout, sauf peut-être d’échecs divers. Enfin il était un « agent juif » désireux éventuellement de pénétrer la Vieille Taupe, et accessoirement de l’intimider et d’alimenter les tendances paranoïdes de ma personnalité[20] pour commencer.

De ces trois hypothèses, je n’en choisis aucune, et c’est très chaleureusement que j’ai quitté mon interlocuteur. Je ne le revis pas. Et je n’entendis plus parler de lui, bien que je lui avais demandé un service très simple et élémentaire. Je ne sais plus quoi exactement. Et je n’eus plus non plus d’échos de ses « activités antisémites radicales ».

Mais je me surpris, dans les jours qui suivirent, à me demander lequel de mes voisins abritait un dispositif d’écoute ou d’influence plus ou moins sophistiqué, ou les immeubles en face, sans que cela ne me soucie outre mesure, puisque mon problème n’est pas de cacher ce que je pense, mais de le montrer, de le diffuser, et que je n’en ai pas honte. Avoir au moins l’audience de policiers divers ou d’agents du MOSSAD, pour commencer, est déjà un motif de satisfaction. C’est mieux que rien. Et j’ai des motifs de croire qu’ils (certains) sont capables de comprendre ce que j’ai à leur dire, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Mais ces symptômes, pour extrêmement bénins qu’ils furent, dans mon cas, montrent bien qu’il est beaucoup de cas où cela pouvait parfaitement fonctionner.

Tout cela se passait bien avant la loi Gayssot (1990). Il n’y avait donc pas à l’époque de problèmes réels pour éditer, en dehors des problèmes que s’inventaient les héroïques antisémites pour se faire peur à eux-mêmes. Ce qui conduisit la Taupe, qui n’est nullement antisémite, à aller toute seule au charbon.

Après la loi liberticide, c’était beaucoup plus compliqué. Mais quand on est espionné, on peut enfumer, et déjouer la surveillance des espions, comme ce fut le cas pour la deuxième édition du Garaudy… À la condition que le totalitarisme ne soit pas encore parvenu à son unification ultime. Et la meilleure méthode pour déjouer la surveillance et l’espionnage, c’est d’agir seul et d’être aléatoire.

Pourquoi ces réminiscences d’un passé lointain quasiment oublié. Parce que toute cette affaire, et cet interlocuteur me sont brutalement revenus à la mémoire dans des circonstances récentes, et précisément lors de mon retour de Royan, après la 2ième Sonderaktion bordelaise, du 6 mars 2008.

Mais l’exposé de la situation nécessite un nouveau flash-back[21].

J’ai l’habitude de regarder les plaques minéralogiques des voitures. J’ai commencé un jour que je m’approchais d’Étampes, il y a de cela un nombre indéterminé d’années, dans l’éternel présent dans lequel je vis, préoccupé, sinon obsédé, comme d’habitude, par la nécessité de la diffusion des thèses révisionnistes pour entraver la mécanique belliciste dans laquelle les sionistes USraéliens jouent un grand rôle. Je repère la voiture devant moi : 666 ?? 91. C’était l’époque où, dans le bulletin confidentiel de la VT, j’avais fait une allusion anodine au nombre 666 et aux cavaliers de l’Apocalypse… Les 666 révisionnistes qui, bien sûr, allaient transformer le monde, dans une interprétation très personnelle…

Au lieu de continuer ma route, je suivis cette voiture, jusqu’à un lieu qui ne vous regarde pas, où j’offris au chauffeur, quelque peu étonné, quelques-uns des documents qui sont généralement dans ma voiture, et que je distribuai aussi dans les boîtes aux lettres de tout le hameau. Le hasard est dans les mains de Dieu, n’est-ce pas ? Au surplus, lorsque l’on s’abandonne à des impulsions aussi loufoques, on devient imprévisible, aléatoire. C’était donc un exercice pratique, un test, un entraînement un peu sommaire dans ce cas-ci, j’en conviens, mais il faut un début à tout.

Toujours est-il que j’ai pris l’habitude d’associer librement des idées aux numéros minéralogiques que je suivais ou croisais. C’est très sommaire et largement arbitraire. Mais rien qu’avec la règle tirée de la pratique de la preuve par neuf : 9 = 0, et quelques-uns des principes de la gematria glanés au hasard de lectures mal assimilées, on parvient déjà à des résultats étonnants. 18 est, évidemment un chiffre bénéfique et chargé de significations occultes parfaitement explicites( !). Tous les lecteurs des bulletins le savent. Chaï, « vivant » en hébreux. C’est le cri primal de la Vieille Taupe. La vieille taupe est ressuscitée ! (Le chaï se prononce raille. Un peu comme le raï algérien). Si j’en crois l’Aigle noir, mais il n’est plus une source limpide à laquelle on puisse boire en confiance, d’après le procureur de Saverne, ou l’un des avocats des censeurs coalisés, je ne sais plus, 18 dissimulerait AH. Ce qui, à son tour, serait l’abréviation d’Adolf Hitler ! Mais là il s’agit de pure méchanceté, et de délires qui dénotent la passion répressive de ceux qui ont besoin de voir des Nazis partout, pour ne pas se voir eux-mêmes[22].

 La plupart du temps, les chiffres s’associent à l’idée d’un département, point final. 7, Dieu se repose. Mais 8 peut aussi bien être le retour du même, le cycle étant accompli (7+1), qu’évoquer l’entrée dans le royaume de Shambala[23]. Et puis 88, ce sont les Vosges, lieu de naissance de votre serviteur, mais c’est bien d’autres choses encore.

72 a un sens tout à fait personnel pour moi, et 96 aussi. 55 c’est la Meuse. Verdun. J’y ai habité. Cela m’ouvre une quantité d’associations révisionnistes, et, en plus, une place bordée de curieux noyers… J’y reviendrai, car elle est fameuse la Meuse ! Certains numéros m’évoquent tout simplement les révisionnistes qui l’habitent. 03 c’est Faurisson. 17 c’est Royan. 1+7 = 8. Mais aussi 13, 44, 59. Au fait, savez-vous que Les Chtis (59) est un film révisionniste !? Réfléchissez !

— « La légende du Nord, les préjugés, sont tellement inscrits dans la tête des sudistes que rien n’y fait, et même les « témoins » sont obligés de raconter ce que leurs auditeurs s’attendent à entendre ! » Si les témoins racontent autre chose, on ne les entend pas !

Cela ne vous rappelle-t-il rien ? J’arrête car les possibilités sont vastes et l’on peut parvenir à se raconter toutes sortes d’histoires.

Mais rassurez-vous, ces histoires, puisque c’est moi qui les invente, je n’en suis pas la dupe[24].

Bon, mais où est-ce que je veux en venir ? Nous y venons !

Pendant la même période, janvier-mars 2008, un bruit, tout à fait net et indubitable, assez fort, mais épisodique et aléatoire, se manifestait dans mon cabinet de toilette. En provenance caractérisée de l’appartement voisin. La direction était même vaguement identifiable. Problème ! J’habite maintenant à la campagne, une ancienne ferme fortifiée coupée en deux. L’appartement voisin est totalement inoccupé depuis plus d’un an. Ma voisine était dans une maison de retraite proche, où elle vient de mourir. Le bruit était une sorte de vrombissement, comme fait un moteur électrique sous tension, mais bloqué, ou un transformateur, mais avec une très légère variation périodique d’intensité suggérant un élément de rotation. Bizarre !

Ne croyez pas que ma paranoïa congénitale m’ait conduit à imaginer quoi que ce soit. Mais la répétition du phénomène inexplicable m’intriguait. Ma femme utilise la salle de bain au rez-de-chaussée. Elle monte rarement au premier étage. Lui demander de venir constater, c’était prendre le risque de l’inquiéter inutilement, et surtout si le bruit s’était arrêté entre temps ! puisqu’il est épisodique. Quant à lui demander de venir précipitamment, il n’y faut pas songer. — « Encore tes histoires ! Mais qu’est-ce que tu vas imaginer ?! » Effectivement, en dehors des souris, il ne peut pas y avoir de bruit qui provienne de l’appartement voisin, puisqu’il est inoccupé. Logique !

Mais justement je n’imaginais rien. Devant n’importe quel phénomène, je cherche à comprendre. Je suis, comme Paul-Éric Blanrue, un adepte convaincu de la zététique. Mais je constate toujours une formidable capacité générale de ne pas voir, de refuser de voir, les phénomènes qui n’entrent pas dans les « logiciels » qui formatent le cerveau… C’est là un comportement humain universel, y compris chez les révisionnistes. Y compris chez moi, probablement, dans certains cas.

Si j’ai éprouvé le besoin de raconter l’histoire de mon interlocuteur ambigu juste avant cette histoire de bruits bizarres, c’est bien que j’ai fait un rapprochement. J’ai donc bien fait des rapprochements coupables et des associations louches qui dénotent ma paranoïa sous-jacente !

— « Mais non ! J’ai un cerveau qui fonctionne et qui fait toutes les associations possibles et imaginables, et qui, en même temps passe au crible de la critique ces mêmes associations lorsqu’elles conduisent à des hypothèses invraisemblables ».

En ce qui concerne les bruits bizarres, laissons tomber. Zététiquement, testis unus testis nullus. S’il y a un problème, c’est pour ma pomme, et je ne suis pas homme à emmerder le monde avec mes états d’âme à partir d’expériences indémontrables, puisque restées sans témoins[25].

Certes, il y a des gens qui me font confiance. Et je jure que je dis l’exacte vérité. Mais si des témoins venaient à se manifester maintenant, ils ne pourraient témoigner que de la foi qu’ils ont en moi… S’ils faisaient plus, ils feraient de faux témoignages[26].

De toute façon les bruits ont cessé depuis plusieurs mois maintenant.

Or, des histoires semblables ou analogues, il y en eut plusieurs, et même beaucoup dans une courte période de temps, qui contribuèrent à surchauffer mon cerveau et à amoindrir mes capacités de travail et la fluidité de mon comportement dans la vie quotidienne, avec une hypersensibilité dans la perception de détails, dont certains se révéleront effectivement lourds de sens et de conséquences. Wait and see.

Et tout cela avec le lot quotidien de mauvaises nouvelles, tant au sujet de la persécution des révisionnistes, que de la montée de l’hystérie belliciste[27]. Plus les difficultés financières qui exercent sur la vie, et les relations avec l’entourage, une pression constante, indéfinissable et dévastatrice…

Et maintenant le bouquet.

Quelques « amis de la Vieille Taupe » sont au courrant de l’innocente manie du Sonderführer d’utiliser les numéros minéralogiques comme une sorte de Rorschach. Certains s’en inquiètent. Il m’arrive d’en rajouter une louche pour les inquiets, en livrant telle ou telle partie du code très élastique que j’utilise généralement. La règle de base, c’est la même que pour les horoscopes. Si tout est bon, c’est parfait, si ce n’est pas bon, on oublie et c’est parfait quand même. Je précise que je ne lis à peu près jamais les horoscopes. Ni aucune autre rubrique dans la presse d’ailleurs, Mais pour revenir au sujet, si je suis espionné et quels que soient les voies et les moyens de cet espionnage, mes « codes » et ma « manie » sont connus de certains. Soit.

D’ailleurs ça vient de loin. En Quatrième, au lycée mixte de Royan, depuis baptisé Émile Zola, je suis appelé au tableau par le prof de math, Monsieur Joly. Bon prof. Plutôt un bon souvenir. Je suis bon en math, bien que je n’apprenne jamais mes leçons et bâcle mes devoirs. Pas le temps ! Nous avions mis au point un code secret entre 4 copains. C’est l’âge parait-il. Joly nous appelait « les trois mousquetaires ». Dans notre code très sommaire, des lettres avaient été attribuées à des personnes dont nous voulions parler. O était un verbe.

Problème de trigonométrie et de triangle inscrit. Je dessine la figure au tableau et place les lettres K, O, Z, sur chaque point du triangle.

—« Eh bien ! Guillaume ! Vous ne pouvez pas mettre ABC, comme tout le monde ! »

—« Mais Monsieur, on peut décider de mettre d’autres lettres ! C’est pareil ! »

Je place d’autres lettres, dont un Y à l’intersection… Et je fais la petite démonstration.

Le problème fut que les trois autres mousquetaires, au fond de la classe, se marraient un peu trop bruyamment, et que Joly comprit très vite que ce n’était pas tout à fait pareil, et me renvoya à ma place avec un zéro ! J’aurai dû me le tenir pour dit. Les codes secrets et les messages polysémiques subliminaux n’apportent que des ennuis.

Revenons au sujet. Dans un très court espace de temps donc, un Sonderkommando vient me rendre visite. Je remarque le numéro de sa voiture. 8802 ZJ 45. On sait que le 88 déclenche toutes sortes de significations associées. Je n’insiste pas. 02, c’est le département de l’Aisne. Bof ! Pas d’intérêt particulier. Je m’étais amusé en passant à remarquer le numéro de la voiture de mon voisin et vis-à-vis, qui vient de construire sa maison. C’est un sous-officier engagé qui vient de quitter l’armée. Sa voiture 8766 YV 45. (8+7 = 15 1+5 = 6). Si on veut s’amuser, son numéro « dissimule » donc un 666 subliminal ! Je ne suis pas allé chercher les ressources de la gematria pour poursuivre plus loin l’analyse, car en vérité, je m’en fous complètement. La voiture de son épouse, qui est charmante : 7172 ZA 45. J’ai déjà dit plus haut que le 72 évoque pour moi des significations très particulières. Il y a peu d’amis de la VT dans le 71. Ce n’est qu’en rédigeant présentement que je découvre que c’est la Saône-et-Loire. Mais on peut s’amuser. 7+1=8, et le 8 associé à 72, ça peut faire des étincelles (dans les associations qui me sont propres, je précise). Et puis de Z à A, c’est toute l’histoire, remontée à l’envers…

Tout cela serait d’une affligeante banalité, et j’aurais honte d’avoir infligé au lecteur de telles sornettes (qui sont du même ordre que bien des sornettes kabbalistiques) mais qui ne sont pas totalement dépourvues d’intérêt si on sait en tirer parti, en mettant un T aux médiats par exemple… et si…

…N’était arrivé chez moi, un « ami de la Vieille Taupe », avec une voiture récente qu’on lui avait prêtée, la sienne étant en réparation. 96 ZQ 75. Cette fois ça se corsait.

96 est, pour la Vieille Taupe un code fondamental dont toutes les significations ne doivent être révélées qu’en fin de partie ! Mais le hasard et les coïncidences expliquent la plupart des choses, même l’évolution nous dit-on. Il n’y a pas lieu de se pâmer chaque fois qu’on voit un 96.

Là où ça se corsait c’est le ZQ !

Pour comprendre il faut savoir qu’avant la dernière réforme des numérotations minéralogiques c’étaient les lettres qui identifiaient le département. Quand j’étais très jeune, et pendant la période la plus sombre de notre, leur, l’histoire, le département des Vosges était identifié par les lettres ZQ. À soi seul, c’était amusant à noter. C’est comme si cet « ami de la Vieille Taupe » était venu avec le numéro 9688. Pas mal non ? Au surplus Z = 26 et 2+6 = 8 n’est-ce pas ? Et Q = 17. Amusant ! 1+7 = 8. On peut continuer avec 75, puisque, outre les significations du 7 et du 5, et croyez-moi, il y en a, 7+5 = 12. Douze est un nombre fort intéressant. Outre les douze apôtres, dont le rôle historique est fondamental, et l’importance épistémologique déterminante pour réfléchir aux rapports dialectiques ( ?) entre le témoignage et la foi, le nombre 12 à la particularité, en se montrant, de rendre présent en le dissimulant le chiffre 3 (1+2). Or, 1.2.3. c’est la succession magique de l’activité humaine horizontale symbolisée par le patibulum, les bras horizontaux de la croix, comme le poteau vertical symbolise le lien de l’ici-bas, de la matérialité, avec la divinité, l’au-delà spirituel. Donc : 1. 2. 3. UN, c’est l’action. DEUX, c’est la réaction que cette action provoque. TROIS, c’est le résultat, très généralement assez différent du but que 1 s’était fixé dans l’action initiale[28].

C’est incroyable tout ce qu’on peut tirer d’une malheureuse plaque minéralogique d’un visiteur.

Et tiré par les cheveux…

Eh bien le plus incroyable est à venir !

Car vous ne l’avez pas remarqué ! Le n° 96 ZQ 75, le numéro de la plaque de cet ami de la Vieille Taupe n’existe pas ! Il ne peut pas exister. Les numéros parisiens ont trois lettres. Lors de mon avant-dernier voyage à Paris, j’ai bien observé les voitures neuves, je n’ai rien observé au-delà de R?? 75. Si bien qu’à mon retour, pour en avoir le cœur net, j’ai téléphoné à la gendarmerie de Beaune-la-Rolande. J’ai demandé le Chef Le Ny (il a eu une promotion depuis qu’il a dirigé la perquisition chez moi) et il a été formel :

— « 96 ZQ 75, cela ne peut pas exister actuellement ! »

Mais il faut encore vérifier. Sait-on jamais ? C’est troublant n’est-ce pas ?

Le plus troublant, c’est que j’avais été amené peu de temps auparavant à expliquer à quelqu’un, au téléphone, que ZQ était autrefois l’identifiant des Vosges comme l’est aujourd’hui 88.

J’avais soudain, non seulement l’impression d’être transparent, ce dont je me suis fait philosophie, mais en plus j’avais l’impression que l’on jouait avec moi en manipulant des signifiants dont on pouvait savoir quelles associations ils déclencheraient chez moi ! Ça c’était vraiment fort de café !!!

Et bien ce n’est pas tout !!!

En même temps que mon ami, et que sa voiture à la plaque mystérieuse, une voiture que je n’avais jamais vue s’est trouvée en stationnement devant chez mes voisins. Elle est tout à fait caractéristique par des décors divers publicitaires sur la carrosserie. Numéro 8896 YE 02[29].

Cela commençait à faire quand même beaucoup de coïncidences !

D’autant plus qu’il s’était passé quelque chose de tout à fait troublant, c’est le moins qu’on puisse dire, lors de mon voyage de retour, de Royan à Beaune.

J’ai déjà dit combien les entraves rencontrées dans la réalisation de projets tout à fait raisonnables auxquels je tenais particulièrement et que j’avais préparés de longue et très longue main, m’avaient échauffé les sangs. Je m’étais donc livré à une série de Sonderaktion, dont je veux bien discuter, et dont je soutiens qu’elles étaient pertinentes. Il n’en reste pas moins que j’étais dans un état particulier, légèrement euphorique, hyperactif, entretenu par les satisfactions[30] que m’offrait mon cerveau. Les associations fonctionnaient à fond la caisse, au terme desquelles je parvenais à distinguer le bout du tunnel ! Je précise une fois de plus que je n’accordais pas à tout cela des qualités prédictives ou surnaturelles, mais ce n’en était pas loin. Enfin, sans aucun doute, mon cerveau chauffait… Soit…

Mais personne n’a eu à se plaindre de comportements dangereux ou agressifs.

Au cours de mon itinéraire, entrecoupé de Sonderaktion, en partie aléatoires, pendant deux jours, c’est-à-dire avant et après mon passage chez ma fille, et jusque près de Beaune, j’ai croisé, doublé, été doublé, redoublé, été redoublé, par une voiture WW, absolument particulière et impossible à confondre, que j’avais déjà croisé quelque temps auparavant à Beaune ou dans les environs !?!?!?

Et, dans la phase finale du voyage, j’ai identifié une deuxième voiture au comportement absolument inexplicable, sauf à vouloir signifier : « Je suis bien là ». Quels sont ces comportements ?

Sur une autoroute dégagée, suivre à peine trop près, pour être remarqué, et ne pas doubler même quand la vitesse diminue, même considérablement ! Déboîter puis doubler à grande vitesse. Se retrouver quelques kilomètres plus loin à petite vitesse ! Accélérer brusquement, puis ralentir, se faire doubler, puis poursuivre même quand la vitesse atteint un niveau dont l’aveu pourrait me valoir inculpation !

À chaque doublement, par l’un ou par l’autre, le chauffeur affecte est d’une totale indifférence, le regard sur la route devant lui. Mais, à une certaine distance derrière, il met ses « warnings » !

Bon ! Cela suffit pour le moment. Et puis de toute façon, vous n’allez pas entreprendre une enquête, donc les détails, qui sont toujours si importants pour démêler le vrai du faux, importent peu en ce qui vous concerne dans l’immédiat. N’est-ce pas ?

Ce que je voudrais faire comprendre, c’est que si mon cerveau s’est emballé à partir d’un certain moment, c’est peut-être simplement d’abord parce qu’il y avait de bonnes raisons. Des raisons tout à fait réelles, d’être dépassé par la nécessité d’intégrer l’ensemble des informations qu’il recevait. Et que ce n’est pas l’effet de l’une de ces informations, une à une, qui doit être compris, mais l’effet aussi de leur succession, de leur accumulation, et de toutes les autres sources de stress et de perturbation, qui n’ont pas manqué.

Je reviendrai plus tard sur ce que je pense actuellement de ma prétendue « psychose bipolaire », dont le docteur Kramkimel a admis qu’elle présentait des caractères atypiques.

Bien évidemment, lorsque j’ai voulu dire, au téléphone, à un ami proche, et pilier du dispositif de combat de la VT, que je pensais avoir été l’objet d’une attention particulière sur la route du retour de Royan à Beaune, ce que je maintiens absolument, j’avais par ailleurs des symptômes de nervosité, et je voulais aussi, dans la même conversation, lui faire partager mes espérances optimistes, largement illusoires sinon « délirantes » au sens clinique celles-là.

Lui-même avait connu dans sa vie mouvementées les affres et les bouillonnements psychologiques de la clandestinité. Il avait vécu et subi ces « fantasmes d’être suivis » qui résultent de la nécessité d’être toujours sur ses gardes, qui font que la plupart du temps, on se trompe complètement[31], il n’a pas caché son scepticisme, de même nature que celui qu’avait provoqué chez moi, trente à quarante ans plus tôt, les récits des militants de VO.

Et il n’est possible de se faire entendre de… PERSONNE. Absolument personne !

Du moins tant que vous présentez le moindre symptôme de tension ou de nervosité, et à plus forte raison si se manifeste la présence d’interprétations délirantes sur quelque autre sujet que ce soit… ou simplement trop perspicaces ou en avance. Ou bien on pensera que vous délirez… Ou bien que vous délirez !

En effet, ou bien vous délirez quand vous croyez avoir perçu ou constaté ceci ou cela, ou bien vous délirez quand vous interprétez ceci ou cela, comme ceci ou comme cela. Il n’y a pas à sortir de là ! Quant à l’idée de pouvoir avoir été l’objet d’une manipulation sophistiquée, c’est du délire ! un point c’est tout. Cela ne se peut pas ! Et si vous vous en ouvrez à vos proches, et s’ils en viennent à vous croire, alors ils risquent fort de vivre eux-mêmes dans l’angoisse et la tension permanente… Et pas pour une petite période de temps, contrairement à ce que mes « délires » vraiment illusoires m’avaient laissé croire pour m’inciter à avancer et à légèrement bousculer les réticences.

Donc, problème !

Reste qu’aujourd’hui je ne délire pas.

Les numéros minéralogiques des véhicules de mes voisins n’ont pas changé. J’ai demandé à ma voisine (7172 ZA 45) à qui était la voiture 8896 YE 02. Elle appartient à son beau-père m’a-t-elle répondu. Soit. Les associations d’idées innocentes auxquelles je m’étais livré étaient et demeuraient des associations d’idées qu’il me plaisait de faire, comme d’autres remplissent des grilles de sudoku. Ces associations n’ont pris un tour dramatique qu’après le retour de Bordeaux, et après le séjour de cet ami personnel et « ami de la Vieille Taupe », venu avec une voiture qu’on lui avait prêtée (ce n’était pas son garagiste) avec la plaque 96 ZQ 75. Et encore est-il intéressant de noter qu’après avoir remarqué instantanément ce numéro parlant selon la syntaxe de mes codes très confidentiels et après avoir noté l’insolite des 2 lettres au lieu de trois pour un 75, ce n’est qu’après plusieurs semaines que j’ai commencé à chercher à vérifier l’impossibilité de l’existence normale de ce numéro, impossibilité que je ne tiens pas encore pour certaine[32], mais qui a indubitablement accentué et accéléré mes délires.

Cela dit, mon délire est terminé[33] (pour le moment). Il est intéressant de voir comment il s’est achevé pour comprendre la dialectique du délire et de la réalité. Nous l’avons vu plus haut, la pression normalisatrice de mon entourage avait complètement cessé. Un beau matin, je me suis réveillé en sachant que c’était terminé. Tous mes délires restaient présents, comme dans un rêve, et s’évanouissaient, sans que je les renie, au fur et à mesure que je les élucidais. Je sentais que je n’en avais plus besoin. Mais je savais que j’avais fait une expérience enrichissante, sans alcool, comme Debord, ou LSD ou que sais-je encore, comme tant d’autres. C’était comme si, contraint par la situation, j’avais exploré des univers inconnus de ma personnalité, mais néanmoins réels. Comme si mes délires avaient une dimension auto initiatique, mais aussi auto immunisante, dès lors qu’étaient retrouvés les chemins du réel, dont la saveur demeure incomparable, pour moi du moins.

Restait une sorte d’expérience mystique, d’exploration des profondeurs.

Les linéaments de ce qu’avait été mon délire se déconstruisaient d’eux-mêmes, en me faisant sourire, au fur et à mesure qu’une activité réaliste redevenait effective, et, comme par miracle, je retrouvais le goût et la capacité de m’occuper de toutes sortes de choses, comme du robinet de la chasse d’eau, mais bien d’autres choses encore… C’est comme ça ! plus on en fait plus on a envie d’en faire, à la condition que l’activité soit libre ! et qu’elle ait un sens.

Si mon « entourage » pouvait le comprendre, et quelques révisionnistes en plus ! Que de problèmes se trouveraient résolus, dépassés, oubliés, envolés. Et quelle balade en Bretagne on pourrait faire, dans la joie et la bonne humeur[34].

Mais c’est le mécanisme de l’élucidation et du dépassement du délire qui est intéressant.

Ce qui l’a provoqué, ce ne sont ni les pilules, ni la « surveillance », amicale ou suspicieuse, c’est tout simplement, avant tout, l’exposé clair et cohérent de désaccords, par des amis de la Vieille Taupe, et des Sonderkommando qui, ne se cachant pas leur jeu à eux-mêmes, n’avaient pas besoin de me le cacher ! La discussion de ces désaccords permettra, dans la troisième partie de ce bilan, de faire le point de la situation. Mais dans l’immédiat leur manifestation a suffi à rendre évident que les difficultés de la situation ne pouvaient pas être résolues simplement en redoublant d’activité. Il y avait un os !  Un vrai. Au lieu de s’insurger et de se cogner la tête contre les murs, il fallait d’abord comprendre.

Quelques amis de la Vieille Taupe, qui sont devenus aussi mes amis, ont particulièrement contribué à cette élucidation. L’un d’eux, revenu de bien des combats, et particulièrement cher à mon cœur parce qu’il a connu l’ultragauche et le mouvement ouvrier, avait pris le soin de m’écrire une courte analyse de la situation telle qu’il la voyait. De plus, il avait écrit à mon épouse, qui y a été très sensible, et reconnaissante. Il percevait de ma part une dérive activiste (pour ne pas dire « délirante » ) et me donnait des conseils très judicieux. Je le dis sans ironie. Des conseils vraiment judicieux. Par ailleurs il avait évoqué naguère ses multiples contacts avec des libraires et des bouquinistes. Il est chineur, et amoureux de littérature. Il me trouvait un certain talent littéraire, et me conseillait d’écrire… N’ai-je pas rencontré bien du monde, fait bien des choses, eu toutes sortes d’expériences ?

Mon épouse trouvait le conseil judicieux, au lieu de « toute cette agitation où je me dévalorisais ».

Seulement voilà, je pense de la littérature, et des écrits vains, la même chose que Debord, à l’époque de la création de La Vieille Taupe. Pour être très bref : nous pensions qu’elle est souvent une fuite, un évitement, un alibi, un échappatoire. La littérature est l’opium des intellectuels ! Je crois bien qu’il existe dans l’un des 12 numéros de l’I.S. une citation de Debord où il évoque la fonction contre-révolutionnaire de la littérature plus grande que celle de la couronne d’Angleterre[35]. De toute façon là n’est pas la question. Je n’ai absolument rien à dire à une humanité assez conne pour se précipiter pour la troisième fois dans une guerre mondiale complètement stupide alors que les mécanismes qui y conduisent sont en place, mais qu’au surplus, ils ont déjà été parfaitement décryptés depuis belle lurette dans un ensemble de livres qu’on trouve sans difficulté sur le marché, dont ceux de Chomsky parmi d’autres. Alors pourquoi écrire pour une humanité qui, si elle survit à la guerre, n’aura plus rien d’humain, (ou de Divin, c’est selon).

Je restais donc pour l’essentiel en désaccord avec cet ami, puisque je restais absolument convaincu qu’il n’y avait rien de plus urgent et de plus exaltant que de continuer à chercher le truc pour que la guerre de Troie n’ait pas lieu ! Mais au moins disait-il sans faux-fuyant le fond de sa pensée, et tout « délirant » que je sois, j’étais capable de comprendre que si telle était la pensée des plus proches, la stratégie de la VT devait en tenir compte.

Il n’est donc pas impossible que les temps soient venus où le récit de quelques portions de ma vie pourrait être utile, pour faire exploser les certitudes d’un certain nombre de personnes.

Les metteurs en scène du spectacle dominant ont besoin que je sois un monstre d’une nature complètement différente du monstre que je suis réellement. Le dévoilement de la vérité vérifiable, et donc de leurs mensonges vérifiables à mon égard, est de nature à perturber leur flibuste. Par exemple le dévoilement de l’entièreté de mes relations avec [censurés jusqu’à ce que les temps soient venus]. Mais, dans ce cas, ce ne serait justement pas de la littérature. Ce serait de la « théorie dans la mêlée » qui devient un pouvoir matériel pour aller au-delà du spectacle.

Il ne manquait à la lettre de cet ami que… le seul médicament qui m’aurait calmé suffisamment pour me permettre d’écrire un peu. Le médicament efficace, miraculeux : — « Donne m’en un paquet de tes cartons, et je les distribuerai ! »

Il y a dix mille manières de les distribuer n’importe où. Sur les trente mille qui sont dans la nature (En comptant les cartes Wilhelm Stein, judéothérapeute) j’en ai distribué 20.000 à moi tout seul ! Pourquoi ne pas en avoir donné un à chacun des libraires qu’il fréquentait ? à chacun des bouquinistes ?

— « Vous avez vu ce qu’il y avait dans ma boîte ce matin ?

— « Vous avez vu ce qui se distribue à la Fontaine des Innocents ? » Ou que sais-je encore ?

Un autre ami, lui aussi passionné de littérature, érudit, partage la même analyse et ne voit guère de possibilité que les choses soient autres que ce qu’elle sont.

Il ne me cache pas qu’il ne croit absolument pas en l’efficacité pratique de ce que fait la VT ! Cela ne l’a pas empêché de participer à plusieurs Sonderaktion parfaitement réussies, et d’y prendre plaisir. Si je devais résumer son point de vue : « Les hommes sont des veaux ! Y-a rien à y faire. Mais si tu décides d’y aller, je t’accompagne ! Pour l’honneur ».

Pour ma part, je sais aussi que les hommes sont des veaux, des zombies, des télévisionnaires, mais je croix qu’ils peuvent être historiquement contraints de se réveiller (ou de disparaître), et révéler alors des capacités insoupçonnables[36]. C’est notre désaccord. Mais le comportement de cet ami m’a beaucoup aidé à réfléchir et à déconstruire mon « délire délirant » pour trouver de meilleurs moyens de le réaliser.

Je parle ici d’amis.

D’autres révisionnistes, sur lesquels je comptais, dont je ne doutais pas même une seconde qu’ils feraient circuler au moins les diverses Vieilles Taupes de Chard, ne se sont pas contentés de n’en rien faire, ils ont essayé de dissuader des Sonderkommando que la VT avait recrutés ! Ils ont ironisé sur l’activisme, ou la folie…, ou…, ou… du Sonderführer.

Enfin, j’ai été le témoin interloqué d’une quantité de réactions qui montraient que beaucoup de révisionnistes ne mettaient nullement « au-dessus de tout » (uber alles) l’avancement du révisionnisme. Querelles, chapelles, narcissisme, orgueil, égotisme, ego, ego, ego, ergo sum. Mais dans tout ça, un bon signe : J’ai même perçu dans certains cas comme une pointe de jalousie ! La Vieille Taupe serait-elle devenue une puissance en puissance ? Dans ce cas, ce ne peut être qu’une puissance purement spirituelle, mais c’est déjà ça !

Si quelque part on sabote un tant soit peu ses initiatives parfaitement inoffensives (légalement), c’est bien que quelque part on craint qu’elles ne réussissent, et qu’on craint plus ou moins obscurément la situation qui résulterait d’un tout petit début de réussite.

En tout cas, il est clair que s’est manifestée chez certains, la crainte que la Vieille Taupe n’acquière une certaine autorité morale. Au point que la simple vue d’une taupinette de Chard provoquait de l’agacement ! Chez des révisionnistes ! Oui ! Je confirme. Et la liste pourrait s’allonger.

Sur tous les fronts, de tous les côtés, tout se complique.

C’est ainsi que dans une librairie, plutôt sympathisante révisionniste, et qui a toujours diffusé les livres de la Taupe, un nouveau vendeur cache difficilement une hostilité foncière, bien que non verbalisée, envers les Taupes. Surtout quand elles sont Vieilles. Ma simple arrivée dans la boutique provoque une tension palpable, alors même que je viens livrer des livres commandés par sa direction ! Des « classiques » réviso ne sont plus renouvelés dans les rayons. La Judéomanie non plus. Dans une autre librairie à laquelle je viens aussi livrer très épisodiquement, un client présent, révisionniste que j’ai rencontré à la réunion des identitaires à l’ASIEM (27 oct. 2007, voir n°22 p. 12) se trouve là. Il me fait discrètement signe qu’il me rencontrera dehors ! Il ne veut pas manifester publiquement qu’il me connaît !

Tout communique. Tout se tient. Tout est dans tout, et réciproquement !

C’est ainsi que je caressais un projet (parmi d’autres).

J’avais édité, au siècle dernier, L’Antisémitisme, son histoire et ses causes (1982) de Bernard Lazare. Et quelques mois plus tard, du même Bernard Lazare, Contre l’antisémitisme, histoire d’une polémique (1983), dans la collection Le Puits et le Pendule, que je dirigeais, à cheval sur les Éditions de la Différence et les Éditions Jean-Edern Hallier / Albin-Michel, avant de battre en retraite sur les Éditions Spartacus ( Réponses inédites à mes détracteurs parisiens de Noam Chomsky – 1984) et les Éditions de La Vieille Taupe (réédition en 1985 de l’édition de 1982, de L’Antisémitisme, son histoire et ses causes) les Éditions de la Différence ayant renoncé a effectuer le retirage qui s’imposait, après qu’elles eurent compris, parce qu’on s’était chargé de le leur faire comprendre, qu’il n’était pas décent de procéder à un tel retirage de ce livre épuisé, à plus forte raison dans une collection dirigée par Pierre Guillaume. Et que plus généralement, on eut fait comprendre à Joaquim Vital, propriétaire et directeur des Éditions de la Différence, puis aux autres éditeurs[37] qui hébergeaient ma collection, qu’ils avaient tout intérêt à se passer de ma collaboration, et à en faire disparaître jusqu’au souvenir, s’ils ne voulaient pas se heurter à un boycott sévère de la totalité de leurs productions …

Cette collection, « Le Puits et le Pendule » jouait à l’époque un rôle très important dans la stratégie de la Vieille Taupe, pour tenter d’assurer le droit de vivre aux révisionnistes, et le droit de cité à Faurisson, c’est-à-dire à l’histoire sans tabou.

C’est pour cela qu’elle avait été conçue et réalisée. Et c’est bien dans cette intention qu’elle avait été acceptée, aussi bien par Joaquim Vital que par Jean-Edern Hallier et Robert Esménard (le directeur d’Albin-Michel), puis par René Lefeuvre (Spartacus) quand il eut fallu battre en retraite, puis moi-même, quand il fut nécessaire de regagner les galeries de la ligne Maginot[38].

L’objectif était de prouver dans les faits, de donner à voir à ceux dont les neurones fonctionnaient encore sur ce sujet-là, que les « révisionnistes » n’étaient absolument pas conformes à l’image que les médiats imposeraient.

La réédition de L’Antisémitisme…, à l’enseigne de La Vieille Taupe elle-même, rendait manifeste la défaite sur ce front-là. L’édition en France avait été « épurée » dans sa totalité. Il était devenu suicidaire d’éditer un livre qui déplaise réellement au lobby qui n’existe pas. La censure de fait, sous l’empire d’une inquisition judaïque occulte, s’instaurait progressivement, dès avant la loi Fabius-Gayssot. L’édition française, comme plusieurs affaires le manifestèrent dans les années qui suivirent, en était revenue subrepticement à un régime comparable au régime de la liste Otto[39] aggravé par cette circonstance que cette « liste », bien réelle par ses conséquences, n’existait cette fois même pas ! Au surplus, dans son écrasante majorité le public n’avait aucune conscience de vivre en territoire occupé, sous la juridiction d’une police juive de la pensée ! L’écrasante majorité des Juifs n’en avaient pas conscience non plus ! Mieux ! La simple perception de cette évidente évidence passait pour le comble du comble de l’abomination : de l’« antisémitisme » pour tout dire. Plusieurs éditeurs (au-dessus de tout soupçon) me firent savoir discrètement  combien ils le déploraient. Mais il faut les comprendre.

Le titre de la collection : « Le Puits et le Pendule » avait été suggéré par Joaquim Vital, d’après la nouvelle éponyme d’Edgar Allan Poe. Il y était question de l’Inquisition, de persécutions impitoyables et d’une situation désespérée qui se retourne finalement quand tout est perdu, grâce à l’intervention de ( ?)… Mais pour ceux qui n’avaient pas lu cette nouvelle, n’y avait-il pas un puits (d’où sort la vérité toute nue) et un pendule (le balancier de l’histoire et la mesure du temps). En dehors des deux livres publiés chez Hallier/Albin-Michel, (Économie politique des droits de l’homme. La Washington connection et les fascismes du Tiers-monde de Noam Chomsky et Khmers Rouges de Serge Thion[40] et Ben Kiernan) tous les livres de cette collection avaient une couverture noire. Le titre était en rouge. Le nom de l’auteur, de l’éditeur et les autres mentions ressortaient en blanc, par contraste. Noir et Rouge. C’était bien entendu volontaire. Mais au surplus, tous les titres de la collection étaient en majuscules italiques. C’était un « détail » qui ne pouvait que passer inaperçu du public. Mais c’était un « détail » qui ne pouvait que sauter aux yeux d’un typographe, ou d’un éditeur attentif. Ce n’est pas l’usage.

Il n’avait d’ailleurs pas échappé à Joaquim Vital lorsque je lui avais présenté la maquette du premier livre de la collection, Intolérable Intolérance[41] de Jean-Gabriel Cohn-Bendit, Éric Delcroix, Claude Karnoouh, Vincent Monteil, Jean-Louis Tristani.

– « Que vient faire de l’ital. dans le titre ? » avait-il dit en rayant la mention marginale, quand je lui avais présenté la maquette.

– « Cette collection, avant même la sortie du premier livre, est l’objet de pressions et d’auto-censure[42]. à laquelle je suis contraint d’acquiescer. Je remettrai des capitales romaines quand cette situation intolérable aura cessé et que la liberté de penser sera restaurée », répondis-je (en substance).

À cette époque, nous ne doutions pas que la lutte serait chaude. Mais nous ne nous doutions pas que les choses iraient en empirant, et iraient jusqu’au vote par le Parlement d’une loi anticonstitutionnelle[43] votée dans « l’émotion de Carpentras ».

Cette collection, née et morte dans le feu de l’action, « dans la mêlée », comme dirait Raspaud, comporta six (6) livres. À cette époque, j’avais commencé à me documenter sur le judaïsme (s’instruire pour vaincre[44]). Je regardais le rabbin Josy Eisenberg le dimanche matin à la télé, que j’avais encore. Je lisais Gershom Scholem. Et mon cerveau faisait déjà librement des associations libres !

Dieu n’avait-il pas construit le ciel et la terre en six jours ? Et le septième jour, il s’était reposé.

Je m’étais dit que j’avais fait ma part du boulot en six livres, et qu’il était temps de me reposer, en ce qui concerne ce chantier-là du moins. Le septième de la collection, le livre qui annoncerait le retour de la liberté d’expression en France sur le seul[45] sujet vraiment tabou, publié par un éditeur qui ne soit pas diabolisé et totalement exclu du dialogue social comme l’était la Vieille Taupe, ce livre-là devrait être publié par un autre éditeur, si possible avec une couverture noire et un titre en rouge, et en capitales romaines cette fois.

Mais d’abord quel avait été le boulot spécifique de cette collection ? C’est simple : Préciser et définir le sens de l’intervention de la Vieille Taupe dans l’Affaire Faurisson, expliciter ses perspectives et baliser les interprétations pour l’avenir, pour prévenir dans la mesure du possible les tentatives de récupération qui n’allaient pas manquer dans un futur maintenant présent.

Dans cet objectif, tous les détails comptent et préparaient l’avenir et la contre-attaque. Tous les livres dans leur ensemble, et chacun en particulier, dont La Poudrière polonaise. Éloge critique de l’autolimitation de Pierre Chapignac, dont l’annexe, page 269 à 274, constitue une excellente introduction pour comprendre la crise actuelle du Caucase et les palinodies de la racaille politique et intellectuelle de l’Est et de l’Ouest, mais aussi la continuité de l’orientation internationaliste et prolétarienne de la Vieille Taupe, en opposition radicale avec le mondialisme judaïque.

Quant aux Réponses inédites à mes détracteurs parisiens, publiées en 1984, la courte note introductive de Spartacus soulignait « l’idéologie a priori et le « refus de penser » qui caractérisent les « intellectuels parisiens », que « Chomsky établit très précisément ». Cela définissait ce qui sera un aspect essentiel de la bataille pour la solution finale de la question juive : réapprendre aux Juifs et aux Goyim, c’est-à-dire aux hommes, à penser ! Et pour commencer réapprendre à identifier les blocages de la pensée et ses causes, comme Georges Orwell avait commencé à le faire dans 1984.

Pourquoi, dans certaines situations, les hommes se refusent-ils à voir l’évidence ?

Pourquoi mentent-ils ? Ces Réponses inéditesfournissent un cas d’école au delà même des exemples déjà gratinés donnés par Chomsky. Par leur simple existence matérielle (voir bulletin n°11) ces Réponses inéditespubliées par moi, avec une préface signée P.G., en 1984, prouvent que, contrairement à la légende médiatique lancée par Jean-Pierre Faye avec l’aide de la belle Anne Sinclair, à l’époque Madame Levaï et maintenant Madame Strauss-Kahn, légende relayée par Le Monde qui refusa tous mes « droits de réponse » et par Le Monde diplomatique, kifkif bourricot, je n’avais pas abusé de la confiance de Noam Chomsky, et que c’est avec son accord explicite et confirmé que j’avais placé son « Avis sur la liberté d’expression » en préface au Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsifier l’histoire de Faurisson (1981). Cette brochure constitue la trace matérielle indélébile et irréfutable qu’aucune rupture n’était survenue entre Chomsky et moi. Je me suis d’ailleurs expliqué exhaustivement (enfin presque) sur mes relations avec Chomsky dans mon livre Droit et histoire (p. 152 à 172) et Chomsky a approuvé par sa lettre du 27 octobre 1984 (p. 170-171) ce que j’avais écrit à son sujet : Je n’avais jamais rien publié sans son accord. Et d’ailleurs, autorisez-vous à penser ! Si tel n’avait pas été le cas, une simple assignation en référé aurait obtenu sans peine la saisie immédiate de l’ouvrage et des dommages et intérêts astronomiques. [Note de l'AAARGH: cf. le dossier Chomsky de l'AARGH]

Mais le comble du comble, c’est que Chomsky lui-même avait démenti clairement, et à plusieurs reprises, la thèse universellement admise, la thèse obligée, selon laquelle j’aurai abusé de sa confiance ! Mais cela n’empêche absolument pas l’honnête Daniel Mermet de reprendre cette thèse absurde et controuvée dans le DVD « Chomsky & compagnie »[46] réalisé à la gloire de Chomsky, et de se livrer à quelques troncations falsificatrices et à quelques censures de Chomsky ( !?!?!?!) )pour crédibiliser un mensonge pur et simple. Mais un mensonge nécessaire. Car sans ce mensonge, certaines têtes insuffisamment contrôlées, insuffisamment bien rééduquées, pourraient recommencer à penser ! Et être conduites à des idées fausses et dangereuses (loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990) qu’il n’est pas concevable[47] que Chomsky partage[48].

Je viens de faire une longue digression. Pour expliquer qu’en dépit du formidable rouleau compresseur de la LIC(R)A et consorts, de même que Saddam Hussein avait pris soin, comme les USraéliens l’ont découvert ensuite, de distribuer à la population, avant l’invasion démocratique, et de faire cacher de grandes quantités d’armes et d’explosifs, la VT était parvenue, dans sa retraite, à laisser derrière elle, en terrain conquis par l’ennemi, des caches d’armes (spirituelles) et d’explosifs (spirituels) qui ne demandent qu’à être redécouvertes par des résistants, s’il y en a. Et des résistants, il y en aura. Beaucoup quand on aura gagné. Ça on s’en fout. Mais quelques-uns dès qu’une lueur d’espoir n’apparaîtra plus comme un symptôme psychiatrique. Et ça, on ne s’en fout pas.

C’est dans cette perspective que je caressais un projet (voir plus haut). J’y reviens.

Mais pour comprendre ce projet il faut se souvenir que mon attention avait été attirée sur la sortie d’un livre : La Judéomanie, par un courriel de « Bocage ». Bocage est une adresse Internet qui émet des courriels révisionnistes, en général informatifs et intéressants, à l’intention des révisionnistes. Bocage est « faurissonien orthodoxe » et manifeste une attitude fluctuante à l’égard de la Vieille Taupe. Bocage refuse énergiquement le principe fondateur de la Vieille Taupe selon lequel il ne faut jamais censurer personne, même ses pires ennemis ! Si les ennemis disent des bêtises, ils rendent service en permettant d’identifier et de montrer les bêtises. Mais à plus forte raison si nos ennemis disent des choses qui nous embarrassent, ils nous contraignent à approfondir, à préciser, ou à corriger nos propres idées, à reconnaître qu’ils avaient raison ! au moins sur tel ou tel point. Certes c’est très mauvais pour le « Parti », si ce parti a « des intérêts séparés du mouvement réel de l’histoire » ; si ce parti reste plus alléché par l’odeur de la victoire et du Pouvoir que par la seule recherche de la vérité qui inclut nécessairement le désir de faire partager cette vérité à tous les hommes, et se contente donc nécessairement de réclamer la liberté d’expression effective.

En réclamant plus, on révèle qu’on a perdu la foi en … ![49]

Le livre avait été lancé sur Internet le 28 août 2008, anniversaire de la naissance de ma fille !

N’était-ce pas intentionnel ? Un message subliminal ![50]

Sa couverture était noire. Exactement le même noir que « Le Puits et le Pendule ». Le titre était en rouge. Même rouge ! L’auteur, l’éditeur et les autres mentions ressortaient en blanc. L’éditeur : Tatamis. Cela n’a l’air de rien, mais les « tatamis », ce sont ces tapis de sol sur lesquels se pratiquent les arts martiaux. Les arts martiaux sont des sports de combat, certes, mais de combats loyaux, soumis à des règles strictes d’honneur, où l’on respecte son adversaire, où tout n’est pas permis. Exactement le contraire de la morale qui découle de l’Ancien Testament, où tout doit être subordonné au but suprême, la victoire d’Israël, assimilée à la victoire de Dieu lui-même, et où tout est permis. Cette fin [sublime] justifie [tous] les moyens[51].

Il faut bien comprendre : l’idée même que, dans un conflit où « Le Bien » est impliqué, il pourrait exister des règles qui s’imposeraient également aux deux parties, des règles qui seraient donc au-dessus d’elles deux, donc au dessus d’eux, donc au dessus du Bien, est une idée blasphématoire ! Et le blasphème mérite la mort [sur la croix ?].

Mais alors, le fait d’inviter à débattre sur des Tatamis ?

Le nom des éditions « tatamis » pouvait-il être un hasard ? Une coïncidence ? Quel sens le choix de ce nom peut-il bien avoir, s’il n’est pas celui des associations d’idées qu’il provoque en moi ?

 « Tatamis » me semble inévitablement lié à la notion d’honneur, et de combat loyal. Notion que j’ai constamment entendu ringardiser de façon systématique depuis que je suis arrivé à Paris (en 1960) par des Juifs. Sur tous les tons et sous tous les prétextes, et sans aucune exception, jusqu’au 10 janvier 2008, où j’ai eu le bonheur d’entendre à la radio Alain Finkielkraut réhabiliter fermement, et en termes acceptables, la notion d’honneur. J’en étais stupéfait ! Mais il est vrai que le 10 janvier, c’est la Saint Guillaume… C’est bien sûr un hasard, ou un miracle. Qui sait ?

Le sous-titre de La Judéomanie, c’est : « Elle nuit aux Juifs, elle nuit à la République »

Certes ! D’aucuns auraient pu penser qu’elle nuit surtout aux révisionnistes !

Mais ce n’est pas eux qu’il est utile de convaincre. Et, de cela, les Juifs n’en ont rien à foutre, en général. Les Juifs ne s’intéressent, a priori, qu’à ce qui pourrait nuire aux Juifs, et à la République, à laquelle, quand même, ils doivent leur émancipation, du moins leur émancipation civile et politique[52]. L’émancipation du judaïsme, c’est une autre histoire (voir La Question juive de Charles Marx, dans la typographie des Éditions Champ Libre, A.H.R. n°5)

Donc si on veut commencer à faire réfléchir les Juifs, c’est justement cela qu’il faut leur dire.

Page 7, une première phrase mise en exergue :  « Qui trop embrasse mal étreint ». Cela, c’est bien vrai. Et ça pourrait être une critique voilée à l’égard de la Vieille Taupe. Elle a voulu trop en faire, d’un coup d’un seul, là où il eût été sage de diviser les tâches. L’auteur attribue cette phrase à Albertano Brescia, écrivain italien du XIIIè s.(sic). C’est curieux ! Je croyais que c’était un proverbe, une maxime issue de la sagesse des nations. J’ignorais qu’elle eût un auteur identifiable. À vérifier.

D’autant plus que, toujours page 7, troisième exergue : « Les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ». Certes ! C’est bien vu et bien dit. Mais cette phrase est attribuée à Coluche ! Or, si Coluche l’a effectivement reprise et popularisée, elle n’est absolument pas de lui. Je me souviens parfaitement l’avoir entendue, énoncée bien des fois, notamment au Prytanée Militaire, en Math-4 et en Cyr-7 par Jacques Fauvel, professeur agrégé d’histoire, qui l’attribuait à quelque personnage historique, que j’ai oublié. Jean Robin est-il dupe ? Ou fait-il semblant de l’être… ?

Car j’ai entendu Coluche, de mes propres oreilles, sur Europe n°1, au cours de sa revue de presse matinale, annoncer sur un ton informatif, neutre, sans la moindre nuance d’étonnement ou de réprobation, citant Libération : « Il y a à Lyon un professeur d’université qui nie l’existence des chambres à gaz ». C’est ce jour-là que j’ai appris l’existence du Professeur Faurisson ! Certains prétendent que cela aurait joué un rôle dans l’interruption de sa revue de presse sur Europe n°1, qui était un succès. Mais je n’en crois rien. De toute façon, si c’était vrai, je n’en aurai pas de preuve opposable aux tiers. Mais je ne connais, de Coluche, aucune déclaration ultérieure condamnant Faurisson où les révisionnistes ?[53]

Quant à la deuxième phrase placée en exergue, entre la deuxième et la troisième, comme de juste, elle comporte aussi une erreur fautive ! Jugez-en : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. » Article 1er de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, 26 août 2789 (sic).

Là, il s’agit clairement d’une coquille typographique. Comme pour la carte grise de la voiture de fonction de la Vieille Taupe, et par conséquent les amendes qui me sont adressées, qui portent par erreur « 27, rue de la Bretonnière, alors que j’habite au 17.

Mes lecteurs savent déjà que la découverte, et la lecture attentive de La Judéomanie m’avait guéri miraculeusement de la psychose maniaco-dépressive, ou psychose bipolaire, dont je souffrais (voir bulletin n° 18-Chaï, vivant en hébreu). Cela devrait suffire à tous ceux qui me veulent du bien pour être reconnaissant au livre et à son auteur, et pour manifester cette reconnaissance en lui faisant une publicité d’enfer, en vantant ses vertus thérapeutiques. Ce qui permet, l’air de pas y toucher, d’annoncer la bonne nouvelle : « Il est guéri ! Alléluia ! » D’autant plus que la simple banalisation de l’emploi du mot Judéomanie constitue en elle-même une victoire de l’Esprit, en ce qu’il permet de nommer quelque chose qui existe vraiment. Jean Robin le prouve. Mais dont il était impossible naguère de parler.

Si l’on veut que le verbe se fasse chair, il faut aussi que la chair se fasse verbe.

Le monde change, le sens des mots y participe (maxime situationniste).

Et cette bataille-là, Jean Robin est en passe de l’avoir gagnée. Le nombre des occurrences du mot « Judéomanie » dans les différents moteurs de recherche sur Internet croît continûment…

Mais j’aurai à revenir sur tout ça, puisque Jean Robin vient de sortir un nouveau gros bouquin de 600 pages, aux Éditions Dualpha, cette fois, L’État de la judéomanie.

Certains me mettent en garde contre lui. Certes, il serait Juif ! C’est d’ailleurs ce qu’il laisse entendre. Mais que voulez-vous que j’y fasse ! Personne n’est parfait ! Même si les Juifs semblent avoir une propension supérieure à la moyenne statistique à se croire parfaits, sinon individuellement (et encore ?) du moins collectivement.

 La seule chose qui importe à la Vieille Taupe, c’est qu’il demeure apte au dépassement de lui-même. La Vieille Taupe a pour principe d’entretenir avec quiconque, sans aucune exception, à la fois une confiance et une méfiance totales. J’avais même proclamé : « C’est là la seule structure organisationnelle de la Vieille Taupe. » (Droit et histoire. p. 155) précisément dans le chapitre consacré à mes relations avec Noam Chomky, et le paragraphe où je tentais d’expliquer le mystère qui nous permettait de communiquer instantanément par « transmission de pensée ». Mais a-t-on lu mon livre ? Les temps n’étaient sans doute pas encore pas venus. Ça tombe bien, il en reste !

Revenons au projet que j’avais caressé.

J’avais cru pouvoir rêver. Tatamis avait publié « Un livre refusé partout » (p. 11). Exactement comme La Vieille Taupe ! qui n’avait été ressuscitée, en 1979, que parce que certains livres étaient « refusés partout ». La Vieille Taupe avait été peu à peu défaite. Elle était certes parvenue à publier, dans des conditions héroïques, des livres importants, même après la loi Gayssot, mais… Pour le moment il suffisait qu’un livre soit édité par La Vieille Taupe pour qu’il sorte du débat public ! Ipso facto !!!

tatamis annonçait-il la rupture du cercle magique[54] ?

Je l’avais cru. Tout le monde l’a compris. Et c’est cela et cela seul qui m’avait guéri.

Dans sa retraite, et c’est dans sa capacité à retraiter que se juge la véritable valeur militaire d’une armée, la Vieille Taupe avait su éviter la débâcle. Elle était même parvenue à remporter des batailles spirituelles improbables qui avaient laissé des souvenirs cuisants et des traces chez l’ennemi. L’une de ces batailles s’était déroulée autour de l’édition réalisée par les Éditions de la Différence de L’Antisémitisme, son histoire et ses causes puis de Contre l’antisémitisme. Elle avait mobilisé contre moi la fine fleur de l’intelligentsia juive dans ses diverses composantes : Pierre Vidal-Naquet soi-même, Alain Finkielkraut, Françoise Giroud, Philippe Ragueneau, compagnon de la libération (Juif ou Shabbat goy, je ne sais pas), Nelly Wilson, Mireille Cherchevsky, Madeleine Bernard, Paul GinieW.S.ki, Arnold Mandel pour ne citer que les plus importants, auxquels s’ajoutèrent deux avocats, Maître Thierry Levy et Maître Jean-Claude Zylberstein, l’affrontement ayant eu un volet judiciaire du fait de mes adversaires, évidemment ; et Jean Denis-Bredin, qui fut le seul à faire preuve de correction dans la polémique ; et…et… pour son déshonneur, mais n’anticipons pas, la Société Des Gens de Lettres de France, présidée par Monsieur Billetdoux.

Cette polémique « intellectuelle » portait sur l’interprétation obligée qu’il fallait faire de ces textes et sur… mon droit à les éditer ! L’affrontement connut des péripéties rocambolesques et très instructives : révélatrices !

La défaite intellectuelle des censeurs fut consommée par la publication par Le Monde du 30 avril 1982, p. 24 de mon droit de réponse, après que les censeurs aient épuisé tous les moyens de s’y opposer, et, sur le plan judiciaire, par une ordonnance de référé rendue le 3 juin 1983, complétée par un jugement du Tribunal de Grande Instance de Paris, 1ère chambre, 1ère section, rendu le 2 novembre 1983.

Et maintenant, le projet que j’avais caressé :

La réédition VT  de 1985 de L’Antisémitisme, son histoire et ses causes vient d’être épuisée. Il ne m’en reste que trois exemplaires défraîchis. Contre l’antisémitisme, histoire d’une polémique, qui constitue le point de vue le plus développé de l’auteur lui-même sur son propre livre, publié par moi aux Éditions de la Différence, est épuisé depuis belle lurette, et je n’ai jamais eu les moyens de le rééditer [Note de l'AAARGH: : heureusement, cher ami, l'AAARGH et ses petites mains laborieuses ont fait le travail ya des années! Nous recommandons à nos lecteurs la "note critique de l'AARGH" qui précède le texte. Vive Internet et son plus puissant pilier, l'AAARGH.]. Le livre de Bernard Lazare, dont Jean-Denis Bredin écrit : « Il serait difficile aujourd’hui de parler de l’Antisémitisme sans avoir lu la centaine [sic][55] de pages que Bernard Lazare lui a consacrées » avait donc connu une première édition originale (1894) du vivant de l’auteur, et suscité une polémique très vive. Une deuxième édition avait été réalisée, conforme aux désirs exprimés par l’auteur, autant qu’on puisse en juger, avec une préface d’André Fontainas, un ami véritable (1934). Cette édition avait à son tour provoqué une polémique furieuse, où le bien-fondé de cette réédition avait été contesté, déjà. Une troisième édition du livre, redevenu introuvable, était réalisée (1969) par « Documents et Témoignages » avec une courte note que Pierre Vidal-Naquet, parmi d’autres, attribue à Henri Coston. Cette édition ne suscita aucune polémique ! Puis vint l’édition dans la collection « Le Puits et le Pendule » (1982) avec une courte note (une page) du directeur de collection. Cette édition suscita une tempête sans précédent.

Puis vint la réédition Vieille Taupe (1985)… que l’on préféra cette fois traiter par le silence. Elle s’est diffusée, peu à peu, jusqu’en 2008. Et enfin une édition, préfacée par Jean-Denis Bredin que je viens d’évoquer (note 51) qui défend de façon correcte, argumentée et documentée, bien qu’à mon avis insuffisamment[56], une interprétation opposée à la mienne, mais dans laquelle l’existence d’aucune des rééditions précédentes n’est évoquée, et [la possibilité même de] l’existence de thèses opposées n’est même pas signalée. Et, cela va de soi, aucun argument des thèses hérétiques n’est réfuté, en dehors de vagues allusions à l’ « antisémitisme ». Normal ! Cette édition (1990)pour laquelle aucune publicité notable destinée à gagner de nouveaux lecteurs ne fut faite, n’avait été réalisée que pour « sauver la face » et cacher le fait que l’on souhaitait au fond que ce texte sacré reste caché dans le tabernacle, et réservé à une élite, aux esprits suffisamment « contrôlés ». La préface de Jean-Denis permet de le démontrer. Ce sera pour bientôt. Gare aux dits et aux non-dits !

Mon projet était donc de proposer aux éditions Tatamis de réaliser enfin une édition purement scientifique du livre de Bernard Lazare qui regrouperait L’Antisémitisme… et Contre l’Antisémitisme, et en annexe, les diverses préfaces et polémiques que le livre avait suscité, sans autre commentaire ni prise de position. Et cela d’autant plus que : dans La Judéomanie étaient reprises les thèses centrales et les intentions méthodologiques de Bernard Lazare, dont Jean Robin semblait être un avatar.

« Niet ! Pas possible !»

Il faut les comprendre. La science enseigne de connaissance certaine que je n’existe pas, ou plus exactement, que si j’existe, ce n’est que pour être vilipendé comme l’incarnation de l’antiscience !

Une édition de Bernard Lazare qui se voudrait scientifique ne peut donc pas comporter l’exposé de mes interprétations, qui sont antiscientifiques, par définition. Les Éditions Tatamis ont déjà assez à faire avec La Judéomanie. Si elles publiaient en plus Bernard Lazare, en plus avec une trace de moi, et si en plus j’avais eu raison, et si en plus ça se voyait comme le nez au milieu de la figure[57], alors leur compte était bon ! Ils seraient dans le collimateur ! Ce serait trop charger la barque, et les barques trop chargées coulent avant d’arriver à bon port !

Je synthétise un peu, en substance, un dialogue qui n’a même pas vraiment eu lieu, puisque les Éditions Tatamis n’ont pas de relations avec moi, en dehors des chèques que je fais en tant que client, et ne veulent pas avoir l’air d’entretenir la moindre relation avec Pierre Guillaume puisqu’elle n’en entretiennent pas. Et je les comprends. Je n’ai donc même pas exposé l’intégralité de mon projet, ni tous les biscuits dont je disposais pour le voyage.

– « On ne publiera RIEN qui pourrait suggérer la moindre apparence de lien avec vous » !

Ce en quoi ils avaient entièrement raison, si l’on tient compte du conseil judicieux d’Albertano Brescia, écrivain italien du XIIIè s. [sic]. (Voir plus haut). Et ce d’autant plus qu’il n’y a pas le moindre lien entre les Éditions Tatamis et moi, en dehors de ceux que je crois découvrir librement, en lisant attentivement, comme Faurisson m’a appris à le faire. Il serait donc illogique et téméraire de suggérer aux censeurs, qui n’attendent que ça pour renforcer la censure, l’existence de liens qui, de fait, n’existent pas.

Il m’était quand même difficile de me résoudre à l’idée que le livre de Bernard Lazare, dont absolument personne n’ose contester publiquement qu’il s’agit d’un livre très important, sérieux et bien documenté,  soit à nouveau indisponible et qu’une nouvelle génération de lecteurs qui viendraient à s’intéresser au sujet soient à nouveau contraints de s’abreuver aux cucuteries convenues, antisémites ou judéolâtriques de niveau variable, qui fourmillent sur le sujet, mais ne le traitent à peu près jamais au fond, d’un point de vue qui soit méthodologiquement recevable, comme l’a fait Bernard Lazare, même si ce premier essai n’était pas parfait ( ?!?) et qu’à l’évidence, neuf ans après sa première publication, comme il l’indique dans son testament (que je suis le premier à avoir publié) « sur beaucoup de points mon opinion s’était modifiée ».

Je m’adressai donc à un autre éditeur, de tradition catholique cette fois, dont le catalogue est très honorable, et dont je savais le directeur, non seulement acquis aux thèses révisionnistes, mais au surplus convaincu de l’importance stratégique de leur diffusion pour la restauration de l’Église catholique, via en particulier la réhabilitation de Pie XII.

Même motif, même punition, même absence de dialogue, même conclusion !

– « On ne publiera RIEN qui pourrait suggérer la moindre apparence de lien avec vous » !

Il n’y a pas d’effet sans cause. Tout ce qui est réel est rationnel. Encore faut-il en pénétrer la rationalité quand elle a toutes les apparences de l’irrationalité !

Dans un monde réellement renversé, qui marche sur la tête : Que faire[58] ?

Pour répondre valablement à cette question cruciale, au-delà des ripostes qui s’imposent d’elles-mêmes, visant à renforcer des positions acquises et les territoires imprenables (jeu de Go), comme celles suggérées par nos sages, il faut continuer à analyser la situation pour en prendre la mesure exacte.

Le bulletin n°23 de La Vieille Taupe comportait, pour les membres de la VT exclusivement, et n’a pas été rendu public autrement, un cahier de 28 pages constitué par un échange de lettres entre Faurisson et moi entre le 17 mars 1993 et le 5 novembre 1993, date de notre première rupture[59].

Mes lecteurs savent que le lien rompu a été renoué, par moi, pour les nécessités de la lutte, à l’occasion d’un procès, où nous fumes d’ailleurs photographiés[60], Faurisson et moi, au Palais, dans la salle des pas perdus, juste devant la 17ème et que cela ouvrit une nouvelle période de collaboration profonde et fructueuse, jusqu’à ce que surviennent une nouvelle rupture, sur une histoire de lapins dont l’existence était contestée par Faurisson, ce qui dénotait la rupture irrémédiable des télécommunications entre nous, sanctionnée immédiatement par une deuxième rupture.  

Deux abonnés, donc membres de la VT, m’ont écrit, gentiment, pour suggérer que ce déballage des tensions internes n’était, peut-être, pas opportun. Si deux ont écrit, c’est que beaucoup plus l’ont pensé. Mais la critique la plus sévère, et à mon sens la plus injustifiée, est venue de la Sonderfürerin[61] des services photographiques de la VT.

J’aurais commis une faute en rendant public (erreur : seulement aux abonnés, et encore pas tous) ce « déballage », et notamment la lettre de Faufau du 11 juin 93. J’aurais donné des arguments aux ennemis ! Car cette lettre leur fournirait des arguments sur « l’antisémitisme » de Faurisson ».

Cela constitue une erreur complète. D’abord parce que nos ennemis n’ont besoin d’aucun argument pour néanmoins argumenter sur le prétendu « antisémitisme » de leur bête noire. Ils ne s’en sont pas privés jusqu’ici. Ensuite, vérification pratique : bien qu’il soit hautement probable que ce document soit parvenu en leurs mains, ils ne l’ont pas exploité jusqu’ici. Et pour l’excellente raison que cette lettre ne dénote aucun « antisémitisme » ! Au contraire. Certes Faufau dit son haut-le-cœur devant certains comportements précis de certains Juifs et des médiats respectueuses. Mais il ne le relie absolument pas à une essence juive des censeurs et des persécuteurs, même dans une lettre confidentielle. Cette lettre, au contraire, dévoile comment le comportement de certains Juifs abusifs serait susceptible de provoquer à l’égard « des Juifs » la simplification généralisante « antisémite » qui ne se manifeste pas dans la lettre de Faurisson.

Au contraire, l’ampleur des avanies qu’il subit, et des répercutions sur sa vie et ses proches, ne peut que rendre les lecteurs compatissants et compréhensifs. On lui pardonnerait même de devenir « antisémite » ! Un cornichon viendrait-il à utiliser cette lettre pour « documenter » une accusation dont Chomsky dit que personne jusqu’ici n’a pu la documenter, qu’il suffirait de publier cette lettre in extenso. En utilisant peut-être le blanc en bas de page pour rajouter une courte note. Et cela ferait un excellent tract recto verso.

Il serait donc beaucoup plus utile de remarquer que ce « déballage » n’est pas un déballage. Il dévoile des tensions réelles qui sont survenues en 1993, et se sont terminées par une rupture réelle. J’ai estimé nécessaire de revenir sur cette rupture motivée, pour les nécessités du combat révisionniste. Je communique à l’intention du noyau des combattants cet échange, en mars 2008 seulement. Pour les nécessités du combat ! J’ai naguère lutté jusqu’au delà de mes forces pour l’unité du mouvement révisionniste et pour l’unité derrière Faurisson. Tort ou raison ? C’est comme ça ! Et j’incline à croire que ça ne pouvait pas être autrement, mais peu importe.

En 2008, et pour la dernière bataille, la stratégie de la VT a changé. C’est ce que j’explique depuis le n°18. Et d’abord parce que la situation a changé. Il reste très peu de points d’appui qui résistent encore et très peu de combattants. Parmi ceux-ci, indiscutablement Vincent Reynouard et ses amis du Mouvement St-Michel. Il a choisi une orientation que ne peut pas accepter la VT. Il n’en a jamais discuté avec moi. Il n’a jamais répondu à d’innombrables tentatives de dialogue. Je n’ai jamais caché l’admiration que j’ai pour lui. Le fait de parvenir à éduquer convenablement cinq ou six enfants, je ne sais plus, dans les conditions où il se débat, suffirait pour que je lui tire mon chapeau. Ou le fait peu banal d’avoir, jeune professeur de collège, suscité la solidarité unanime de tous ses élèves quand il fut révoqué de l’Éducation nationale. À cette époque, la Vieille Taupe avait publié des cartes postales de soutien dont François Bayrou se souvient (et la VT a fait une piqûre de rappel dans son fief électoral lors des dernières élections législatives. Il s’en souvient aussi ! Il a été battu de peu. Comme Jack Lang de Blois naguère, et Catherine Trautman à Strasbourg !)

Mais ce n’est pas une raison pour suivre une orientation que je juge suicidaire et contre-productive. Il veut réhabiliter le nazisme et se proclame catholique intégral. Il justifie l’Inquisition et la censure, lorsqu’elle est animée de bonnes intentions, bien sûr. Ça se discute.

Mais la Vieille Taupe voudrait au contraire montrer qu’on peut ne pas croire en la vérité révélée et dogmatique des chambres, en déshabilitant la propagande des vainqueurs, sans réhabiliter la propagande des vaincus, dont l’idéologie, exagérément calomniée, j’en conviens, ne répond de toute façon pas aux questions actuelles. Le texte (24 p.) Ils réaniment indéfiniment un cadavre ! Ils re-tuent indéfiniment un cadavre… ! était, dans mon esprit destiné à clarifier la situation pour définir une plateforme commune.

Aucune réaction, ni de Reynouard, ni de Faurisson ! Une seule lettre d’un compagnon de Reynouard. Je ne la retrouve plus. Mais les thèmes peuvent être aisément reconstitués à partir de ma réponse. L’auteur revient également sur des thèmes soulevés dans ma Deuxième lettre ouverte à Lionel Jospin qui doit être le seul texte de moi ayant acquis une certaine notoriété et même une notoriété certaine.

L’incompréhension de mon correspondant est manifeste. Voici ma réponse, qui n’a pas reçu de réponse :

 

Pierre Guillaume

                                                                                    à          XXXXXXXX XXXXXX XXXXXXXXX

Cher Monsieur,

            En relisant soigneusement mon propre texte [Ils réaniment indéfiniment…] je n’y ai pas trouvé les motifs des différentes interrogations que vous formulez, ou plus exactement, je trouve qu’il contient déjà les réponses.

            Premièrement, je ne soutiens pas le Front National. Je me borne à constater que ce parti et son chef ont fait et font l’objet d’une diabolisation injuste que je dénonce, et que je continuerai à dénoncer comme constitutive du mensonge sur lequel repose le système politique actuel. En réclamant que Le Pen puisse obtenir les signatures pour se présenter au suffrage universel, je ne soutiens pas le FN, je réclame à Jospin de respecter les principes dont il se réclame. Il y a, de plus, une petite perfidie de ma part. Les choses étant ce qu’elles sont, on peut penser que Jospin fera de toute façon le nécessaire pour que Le Pen puisse se présenter, dans le seul but d’affaiblir Chirac sur sa droite, mais il aura l’air de déférer à ma suggestion… !

            Peu importe l’avenir du FN en tant que mouvement politique. L’affaire de Carpentras, l’affaire du détail, les condamnations judiciaires de Le Pen sont des infamies publiques qu’il m’appartient de relever, et qu’il n’est pas question d’oublier.

            De même, l’appel ironique à Jospin de payer mon amende. Mais ça va faire gamberger certains de mes ennemis. Je ne sais pas encore ce qui va se passer. Comment va m’être réclamée l’amende que je ne paierai pas et comment mon éventuelle incarcération me sera signifiée. Il est clair que, si nous parvenions à faire un peu de bruit, cette incarcération serait plutôt gênante pour Jospin, mais si elle est différée, il encourra le soupçon d’en porter la responsabilité, de la part de mes ennemis… Tout ça n’est que tactique subalterne, mais on fait ce qu’on peut….

            Deuxièmement. Le révisionnisme de Rassinier, mais aussi de Harry Elmer Barnes aux USA, de la Vieille Taupe, et de bien d’autres, s’inscrit dans la continuité du révisionnisme pacifiste concernant la première guerre mondiale et dans la dénonciation radicale de la guerre. C’est un fait. C’est aussi la position de Faurisson. Cela dit il existe aussi un révisionnisme d’extrême droite que je cite sans la moindre réticence. Je prends d’ailleurs soin de dire mon estime pour Reynouard, ses travaux et son activité. Je critique par contre Guillaume Fabien, et mes critiques sont circonstanciées. Je critique ce qui me paraît pouvoir être, soit une tentative de récupération, soit même une manipulation, et je mets Vincent en garde, mais non seulement je n’interdis à personne de se réclamer ouvertement du révisionnisme mais je proclame ma volonté irrévocable de collaborer — dans l’étroite limite du service de la cause révisionniste — avec n’importe qui. Mon texte ne dit nulle part que j’ostracise qui que ce soit, et je n’exclus même pas de participer moi-même à de futures conférences de Fascismo et Libertà ! Je me borne à dire que, en l’état actuel des choses, il ne faudrait pas se laisser aller à une manoeuvre qui est susceptible dans l’immédiat d’entraver la diffusion en milieu arabo-musulman, et je rappelle qu’une hirondelle, fut-elle fasciste, ne fait pas le printemps.

            Troisièmement. Plus important. La question de la liberté d’expression. C’est pour moi une question de principe absolument centrale. Justement, je n’accepte pas qu’on l’invoque ponctuellement, pour soi-même, aujourd’hui, pour le contester ensuite à ses ennemis. Cela n’a rien à voi